Profs heureux | un-seul-temoignage
16825
page-template,page-template-full_width,page-template-full_width-php,page,page-id-16825,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-title-hidden,qode_grid_1200,qode-child-theme-ver-1.0.0,qode-theme-ver-10.0,wpb-js-composer js-comp-ver-4.12,vc_responsive

Vous avez croisé la route d’un prof heureux ?

La bonne distance

En début d’année, Monsieur M., notre instituteur, consacrait beaucoup de temps à poser un cadre et à expliquer les règles. Après, cela allait tout seul. Il avait une sanction qui s’appelait « les trois mots ». Quand un élève commettait une transgression sans gravité, il s’écriait : « Trois mots ! ». On savait qu’on aurait à chercher le soir trois mots dans le dictionnaire et à les expliquer le lendemain aux autres. Il n’accompagnait jamais cela d’un discours moralisateur. Je ne connais rien de plus insupportable ! Tous les élèves savent qu’il ne faut pas bavarder. Ce n’est pas la peine de perdre du temps à le rappeler. On était dans un système sécurisant et efficace. Avec lui, on passait du rire au travail en deux secondes. Il appliquait à la lettre la phrase du livre de l’Ecclésiaste : « Il y a un moment pour tout ». Nous travaillions en trois groupes de niveaux : bleu, blanc et rouge, ce qui lui permettait d’adapter sa pédagogie à chaque groupe, sans aucune stigmatisation entre nous. Nous avions une bibliothèque de classe dont je dévorais les livres. Quand nous avions fini notre travail, nous savions que nous pouvions « faire un BTJ» : les Bibliothèques de travail junior étaient des livrets portant sur des sujets très divers (le charbon, les astres, les plantes…) que nous lisions pour faire ensuite un exposé. J’adorais cela. J’étais curieux de tout. Il nous faisait aussi confiance et nous en étions fiers. Il y avait dans la classe, par exemple, un porte-clefs sur un clou avec une face verte et une face rouge. Si nous voulions aller aux toilettes, il suffisait de le tourner du côté rouge sans rien lui demander. Pour nous, c’était une délicieuse liberté dont nous n’abusions pas ! À mes yeux, il réunissait toutes les qualités de l’instituteur : le savoir-faire pédagogique et l’enthousiasme pour tout ce qu’il enseignait. Mais je retiens surtout sa cohérence d’adulte. Ses paroles étaient toujours accordées à ses actes. Il a touché quelque chose de très profond en moi et n’est pas pour rien dans ma vocation d’instituteur. Comme lui, j’essaie de garder la bonne distance avec ceux qui m’entourent. Cela nous renvoie tout simplement à la question de l’amour. Il ne faut être ni trop près, pour ne pas envahir l’autre, ni trop loin, pour ne pas être indifférent. Source : « un jour, un prof » dans le magazine Enseignement catholique Actualités (n°375)


Jérôme Brunet, adjoint au secrétaire général de l’enseignement catholique